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Le coronavirus accélérateur de la numérisation - en sera-t-il de même des monnaies numériques?

  • Photo du rédacteur:  Sybille Couvreur
    Sybille Couvreur
  • 22 juin 2020
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 juin 2020

Lorsque le monde s‘est enfin vu libéré, les barrières du confinement levées, il a pu contempler un monde radicalement changé par la pandémie de Coronavirus, offrant un paysage numérique adopté à une vitesse extrême. Mais ce virus pourrait-il marquer un tournant dans l’utilisation de la monnaie numérique, en stimulant rapidement son usage?


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Georges a gloussé devant le “mème” qui est apparu sur son flux Facebook et, sans y réfléchir à deux fois, a habilement sélectionné “partager” sur son smartphone et l’a posté sur son mur Facebook, faisant circuler le “mème” à ses amis et aux membres de sa famille. Pour tout membre de la communauté numérique, les actions de Georges sont insignifiantes, si ce n’est qu’il a quatre-vingt-sept ans. L’octogénaire a été converti à Facebook par ses arrière-petits-enfants il y a près de deux ans. Et si Georges a d’abord été méprisant à l’égard de la technologie, la capacité de la plus grande plateforme de médias sociaux du monde à le réunir avec ses amis retraités, à rester en contact avec sa famille et connecté au monde, l’a rendu très rapidement converti et même “accro”. Aujourd’hui, Georges, dont la vue est encore assez bonne pour un homme de son âge, préfère accéder à Facebook de son ordinateur de bureau, un cadeau de sa fille aînée, mais il ne peut pas imaginer ce qu‘aurait été sa vie s’il n’avait pas rencontré “ Facebook”, note-t-il.

“Je pensais que la technologie n’était vraiment qu’un truc pour les jeunes. Mais surtout pendant ce coronavirus, où les filles ne peuvent même plus venir me voir, je pense que sans ça je serai mort d’ennui et de solitude.”.

Et l’histoire de George n’est pas unique.


Approfondir les liens numériques


Au fur et à mesure que le confinement s’est vu prolongé, notre dépendance à l’égard de la technologie n’a fait que s’accroître, et non diminuer. Lorsque vous ne pouvez pas sortir, serrer la main, faire un câlin ou encore partager un repas, il ne vous reste plus que l’interaction numérique. Et alors que l‘on s’ouvre progressivement à la levée du confinement, le monde dans lequel nous entrons nous semble être très différent de celui dans lequel nous étions avant le choc sanitaire. Plusieurs entreprises se sont distinguées en formant la toile de fond numérique du coronavirus, notamment Zoom, Netflix et, bien sûr, le jeu vidéo de prédilection pendant la pandémie, Call of Duty : Warzone d’Infinity Ward, qui a connu un succès énorme et a attiré 50 millions de joueurs dans le monde entier en quelques semaines.



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Et si la “transformation numérique” est le mot à la mode dans les conférences et les salles de conseil depuis des années, il a vraiment fallu une pandémie mondiale pour pousser les entreprises à “numériser”, et dans de nombreux cas, cette numérisation s’est faite presque du jour au lendemain. La distinction entre nos “vies réelles” et nos “vies numériques” va devenir de plus en plus floue et il n’est pas surprenant que les dirigeants technologiques soient impatients d’inaugurer cette nouvelle ère. Le PDG de Microsoft, Satya Nadella, nous fait remarquer que les règles de distanciation sociales, marquent le début d’un “tout à distance”. Selon ses estimations, la pandémie de coronavirus a fait une avancée de deux ans sur l’adoption d’un vaste éventail de technologies. Et si le rythme précis de la numérisation est discutable, il est certain que le coronavirus a fondamentalement modifié notre façon de travailler, de jouer, d’apprendre, de faire des achats et d’interagir.



Les habitudes se numérisent à la dure


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Le comportement des consommateurs prend généralement des années à changer, mais en ce moment il se produit pratiquement du jour au lendemain. Alors qu’auparavant, un couple pouvait se rendre au cinéma, il est maintenant plus probable qu’il reste à la maison avec Netflix que jamais auparavant.

Les consommateurs ont également changé leurs habitudes de dépenses domestiques, axant leurs achats sur des équipements de jeux vidéo les plus populaires, les casques audio, les claviers, souris et les écrans grand format. Et les grands gagnants de ces virages consuméristes sont les producteurs de jeux vidéo qui ont vu leurs chiffres et leurs notoriétés prendre un regain exceptionnel de croissance.

Les relations d’affaires qui se nouaient auparavant lors de réunions en face à face ou par d’innombrables restos d’affaires et apéro-times, doivent maintenant se former par le biais d’appels Zoom, ce qui permet aux partenaires commerciaux de pénétrer dans l’intimité de nos foyers et d’accélérer le processus de rapprochement des entreprises de manière inédite.


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Et dans un monde où il est en fait dangereux pour les gens de travailler les uns à côté des autres, les technologies de l’automatisation, en particulier l’adoption de robots, se produiront à un rythme plus rapide que jamais. Les processus commerciaux développés pour faire face à cette période deviendront probablement les nouveaux rails sur lesquels le commerce fonctionne et il est peu probable que la direction dénigre ces nouveaux processus une fois la crise passée. Les voyages d’affaires, qui constituent l’essentiel des recettes des compagnies aériennes à l’avant de l’avion, devraient devenir moins fréquents. Et les conférences en présentiel pourraient être exceptionnelles et davantage en virtuel. Les entreprises qui investissent dans l’automatisation commenceront également à réduire leurs effectifs, non seulement pour des raisons de coût, mais aussi pour des raisons de coronavirus. Et même la télé-médecine va fondamentalement modifier le fonctionnement de nos systèmes de santé et ce que signifie “voir le médecin”.

L’enseignement à distance remettra en question les millions d’euros que nous dépensons chaque année en frais de scolarité et amènera encore plus à s’interroger sur la valeur d’un diplôme, surtout si les possibilités de mise en réseau de l’enseignement ne sont plus aussi disponibles qu’auparavant. D’un autre côté, le passage à l’apprentissage numérique pourrait également rendre l’éducation de haute qualité plus largement disponible, à condition que les gouvernements investissent dans des infrastructures permettant même aux enfants les plus pauvres d’avoir accès à un ordinateur et à l’internet, sinon cela ne fera qu’exacerber des inégalités déjà béantes.



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Sommes-nous en guerre ?


Beaucoup ont comparé la pandémie de coronavirus à une guerre, et il y a effectivement des forts parallèles à faire entre les deux. Par exemple, les États-Unis ont atteint un niveau d’endettement (3,7 billions de dollars US) en pourcentage du PIB, jamais vu depuis 1945, au plus fort de la Seconde Guerre mondiale. Et comme les gouvernements et les banques centrales du monde entier s’endettent comme si la mode était passée, les conséquences de la pandémie de coronavirus sur les politiques monétaires et budgétaires se feront sentir pendant des décennies. Alors qu’avant la pandémie, la réserve fédérale américaine était peut-être réservée quant à l’émission d’une monnaie numérique par les banques centrales, le coronavirus a peut-être mis de côté ces réserves et accéléré le processus de manière imprévue.

Toutes ces forces combinées accéléreront non seulement la numérisation de notre vie personnelle et professionnelle, mais aussi de notre vie financière. Les banques qui ont adopté la numérisation à une vitesse vertigineuse devront désormais tenir compte du fait que les succursales ne sont pas seulement des points de contact avec leurs clients, mais aussi des foyers potentiels de futures pandémies. L’ensemble du système financier lui-même est appelé à une période d’introspection et de numérisation, à une vitesse qui n’aurait pas été possible sans la pandémie de coronavirus.

Et à mesure que la monnaie se numérisera, ce qui est considéré comme de la “monnaie” changera aussi — avec la possibilité que même les monnaies privées et décentralisées comme les crypto-monnaies, concurrencent un jour les monnaies nationales émises par les États. Certes, la numérisation n’est pas une fatalité, mais les habitudes prises sont difficiles à changer — sauf en période de crise. Un exemple simple est la façon dont nous les Européens, ayant connu les conditions économiques désastreuses d’un conflit mondial, nous nous sommes habitués à manger des abats, alors que nos cousins de l’Atlantique en Amérique n’ont jamais adopté les mêmes pratiques.

Les habitudes forgées hors crise ont aussi l’habitude de durer. Et lorsqu’il s’agit de monnaie fiduciaire, en particulier d’argent physique, les dangers liés à sa manipulation (peut-il être porteur du coronavirus ?) et à son dépôt (attraperai-je le coronavirus à la banque ?) signifient que notre relation avec l’argent a été modifiée d’une manière que nous n’avons pas encore pleinement appréciée. Dans ce contexte, ce qui peut être considéré comme un actif ou une monnaie changera également. À en juger par la montée en flèche du Bitcoin, de l’Ethereum et d’une foule d’autres crypto-monnaies, l’augmentation des volumes d’échanges et le regain d’intérêt pour le secteur naissant, on peut affirmer que le coronavirus a fondamentalement modifié la perception de la “valeur”. Certes, un retour à tout ce qui ressemble même vaguement à la normalité précoronavirus entraînera une certaine baisse de l’activité numérique, mais le génie de la numérisation est déjà sorti de la bouteille. Les êtres humains sont des créatures sociales par conception et nous redécouvrirons sans doute les joies du contact personnel, mais les empreintes numériques que cette période a inscrites dans notre psychisme, signifieront que le monde auquel nous ouvrons nos portes, sera à jamais différent de celui auquel nous l’avons fermé.


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©2020 Sybille Couvreur

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